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Musée Eric Bezon, Vernier
L'apéritif pour bien commencer l'année du club....
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Jack Cuir

La moto dans le sang

 

Jack Cuir

 

Ce portrait n’est pas une pub. Il vise simplement à faire un peu mieux connaître un personnage qui fait partie du paysage genevois de la moto. Il n’a aucun résultat sportif à faire valoir. Il ne dirige aucun club. Mais c’est un passionné de moto comme on en fait peu. C’est de Jack, dit Jack Cuir, qu’il s’agit.

 

 

Bon an, mal an, il fait ses 40 à 60’000 kilomètres sur sa moto et ne passe pas un jour, été comme hiver, sans faire sa petite virée. Ou sa grande virée, car enfourcher sa moto, par caprice, pour aller un matin boire l’apéro sur une terrasse de Marseille, ne constitue pas à ses yeux un exploit particulier. Et ça dure depuis plus d’une vingtaine d’années.

 

Ça fait autant de temps qu’il est plongé jusqu’aux oreilles dans le cuir, non seulement parce que le cuir, c’est la protection par essence du motard, mais aussi parce qu’il porte à cette matière une sorte de culte, comme d’autres travaillent la soie ou le velours, avec respect, avec amour.

Jack Cuir

Jack cultive une autre passion : le chrome. Ses motos, il les veut rutilantes, avec beaucoup d’accessoires. Il faut qu’elles en jettent plein le regard, qu’elles possèdent un look que les puristes pourraient qualifier de kitsch, mais c’est comme ça qu’il les aime. Car Jack est un esthète. Outre sa passion pour la moto, il écoute avec délectation la musique classique, particulièrement la musique baroque, couvre les murs de son bureau de tableaux et se dit fasciné pas l’histoire romaine et les épopées des seigneurs du Moyen Age.

 

Dans son esprit, les motards sont les chevaliers des temps modernes. Lorsqu’il a ouvert son magasin, il y a plus de vingt ans, il n’a pas craint de choquer les traditionalistes, ceux pour qui la sobriété des tenues allait de pair avec une pratique aussi discrète que possible de la moto, en un temps où elle n’était pas très bien vue de la population. Le déclic pour lui a été le quasi scandale provoqué par Easy Rider, un film qui l’a profondément marqué. Au diable, les tabous ! Ce n’est sans doute pas par hasard qu’il a ouvert son magasin à rue de Monthoux aux Pâquis, offrant à une clientèle elle aussi gagnée par une liberté d’apparences, des blousons à franges, des gilets richement décorés, des casques peu conventionnels, des bottes fantaisistes, renouvelant du tout au tout, l’équipement des motards.

 

Doté d’un sens du commerce hors du commun, Jack n’a cessé d’enrichir son stock, refusant toute exclusion. Quelle que soit sa discipline de prédilection, du trialiste au frimeur, le motard trouve chez lui de quoi soigner son look. Son magasin croule sous les piles de vêtements, pas tous en cuir. Le plus original des clients y trouve à coup sûr de quoi nourrir ses fantasmes vestimentaires.

Jack Cuir Portrait

Son succès, il le doit aussi à un sens de la publicité sans faille. Il fallait oser, à ses débuts, mettre son image en vedette avec une pléiade de jolies filles. Le succès commercial de son entreprise ne l’a cependant pas détourné complètement de son savoir faire artisanal. Jack ne se contente pas de coudre des badges, des emblèmes à la demande du client ; resté fidèle à son antique machine de cordonnier, il répare aussi, avec une compétence incontestée, les blessures infligées aux combinaisons de course par la succession des chutes. C’est tout au fond de son magasin, qu’il tourne et retourne le cuir pour lui redonner son lustre initial, même lorsque le cas semble désespéré.

 

Bien sûr, le côté commercial ou publicitaire n’est jamais totalement absent du sponsoring. Il n’empêche que depuis qu’on le connaît, Jack n’a jamais longtemps hésité à soutenir un jeune qui se lance dans la compétition, ni un club soucieux de mettre sur pied une organisation. Motard lui-même, mais sans ambition sportive, il n’hésite jamais bien longtemps à encourager les diverses pratiques de la moto.

 

Jack a encore des idées plein la tête. La moto sous tous ses aspects continue à habiter ses nuits. Son plaisir est d’en parler. Alors si vous avez envie d’aller boire un verre dans le quartier des Pâquis pour lui raconter vos aventures… malgré ses occupations, il trouvera bien un moment.

 

Roudy Grob

Paru dans le Bulletin du Norton Sport Club No 1 / 2002